Samedi 12 mai 2012
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http://www.photo-libre.fr
Cinq minutes à présent qu'il se sent observé dans cette rame de métro. Jaugé, scruté par un
type dont le large imperméable cache l'apparence. Cet observateur s'attarde sur la silhouette de son sujet, en partant de la forme globale du corps jusqu'à l'observation du moindre détail
physique.
L'homme qui de l'autre côté se sent observé s'irrite et s'interroge : que peut consigner cet
inconnu, avec tant d'insistance, dans un carnet froissé ?
Brusquement l'attitude de l'observateur change, il fronce les sourcils. Ses yeux brûlants contournent le sujet pour s'attarder un large moment sur ses épaules. Le sujet s'agace mais n'en touche mot. Pour se calmer, quoi de plus
commode que de postuler chez l'autre la folie. Supposition excessive mais dont la pensée est courante pour qui traverse Paris en Métro.
C'est au moment de se lever que l'observateur le retient.
"Tenez ! c'est pour vous"
A cet instant précis, confronté au croquis de sa personne, une vérité soudaine éclate à la
figure du sujet. Une pâleur décolore son visage. Ce dessin fait à main levée le désarçonne, ne sachant plus tout à fait s'il faut descendre ici ou à la station suivante. Il quitte la rame
sans plus attendre. Il lui faut prendre l'air, retrouver sa sérénité afin d'être comme d'habitude dans la maîtrise de ses émotions. Mais pour une raison inexpliquée (parce que profondément
intime) il tient à conserver ce croquis.
A la longue cette page arrachée vieillira, laissant lentement s'estomper
ses tracés indélébiles.
Quant au croqueur, la légende enseigne qu'il parcourt le monde. Choisissant ses modèles au
hasard, utilisant (dit-on) un carnet froissé auquel il manque, aujourd'hui, des centaines de pages...
Alexandre
A
Par Alexandre A
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Mardi 1 mai 2012
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20:40
http://www.photo-libre.fr
Avec l'âge toujours prendre garde aux compliments. Toujours interroger la gratuité d'un
louange, une considération soudaine ou un assentissement trop enthousiaste. Un retour à meilleure fortune convoque de troublantes attitudes.
Car à la faveur de la mort réapparaissent quelques absents. Leurs yeux secs entretiennent une énigme. A l'heure de fermer les paupières, vous savez intimement combien de larmes, sans saveur, se répandront sur votre
tombe.
Alexandre
A
Par Alexandre A
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Jeudi 29 décembre 2011
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18:57
Les vœux sont le service funéraire de l'année qui meurt mais l'acte
verbal qui fait naître la suivante.
La rengaine est chaque année la même. Passé Noël, un curieux changement s'opère dans le
discours général. La liqueur empoisonnée d'un dernier chocolat de décembre transforme le bout de la langue. Elle se charge d'un arôme artificiel dont le goût mettra 31 jours à disparaître.
La nature est bien faite: la langue dispose de sept muscles d'une étonnante mobilité au
moyen desquels elle dit à travers le monde entier sensiblement la même chose. N'espérez pas y échapper. Le long et interminable chemin de janvier permet de n'oublier personne.
Dans ses Euphorismes, l'écrivain
Grégoire Lacroix rappelle à sa manière que "le
temps des
vœux ont, en politique, à peu près la valeur des souhaits de bonne année dans les relations de la vie privée;
on les dit sans les comprendre et on les reçoit sans les
entendre. Le lendemain du jour
où ils ont été adressés personne n'y pense plus".
Alexandre A
Par lesparadoxesinterdits.over-blog.com
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Mardi 20 décembre 2011
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20:30
Il était une fois le mois de décembre celui qui fait rêver les enfants une fois l'an. Parce
que Noël est magique, il faut un vieux magicien de 123 kilos capable de prendre des bambins pour des imbéciles. Mis en scène par Coca-cola, le manque d'amour lui pèse 364 jours par an.
Portant un costume sur mesure et ne taillant sa barbe qu'une fois l'année, cet homme qui a
tout d'un " aïeul" se prénomme "père". Le nez rouge et l'haleine aviné, il traverse, en une nuit, l'immensité d'un territoire appelé terre. Il rit d'une voix grave à faire peur aux enfants. Assis
sur ses genoux, ces êtres innocents le regardent dans une attitude d'adoration intéressée digne d'une iconographie religieuse. Pourtant lorsque l'un de ces petits malins lui montre la langue une
envie irrépressible monte. Mais Grand-père n'en fait rien. Il appartient à cette fameuse école du nord: pays de l'enfant roi dont le postérieur ne se fesse pas.
Toujours est-il qu'en ces temps difficiles, recevoir des cadeaux est une chose appréciable.
A la condition de bénéficier d'une connexion internet haut débit propre à permettre une revente des offrandes tombées du ciel.
Que l'on se rassure ! Même offensé, le vieil homme à la barbe blanche ne saurait reprendre.
Car un adage du droit, duquel il est familier, affirme que "donner et retenir ne vaut". Ce caractère irrévocable du don se retrouve dans l' évidence puérile que "donner c'est donner" et que "
reprendre c'est voler".
Depuis longtemps, la mort de Dieu a relégué la nativité au second plan. Jésus
est devenu le défunt petit-fils du grand-père Noël. Par bonheur cela n'est pas sans remèdes. Bientôt les enfants, dans leur forme actuelle, n'existeront plus. Leurs cerveaux multitâches
dégénèreront un jour en une monstrueuse chose qui saura à la fois régurgiter un biberon et surfer sur internet, se passer de Noël comme d'une couche-culotte super-absorbante.
Puis les sapins continueront à mourir écrasés du poids des
guirlandes et de boules multicolores. Et au sommet, un peu en dessous de la grande étoile, il y aura toujours ce petit ange grossier qui vous tirera la langue.
Alexandre
A
Par lesparadoxesinterdits.over-blog.com
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Jeudi 10 novembre 2011
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16:05
Le pas lent d’une vieille dame ralentit
le temps. Dans l’escalier qu’elle emprunte quelques hommes chahutent pour savoir qui passera le premier.
Quelques « pousse-toi ! »
explosent mais ne l’ébranlent pas. Des pas pressants lui collent le dos, d’autres, par deux fois, lui mangent les talons .Mais puisque les pieds d’une vieille femme sont toujours aguerris, ils
restent obstinément dans le confortable endroit qu’ils ont choisi.
A l’arrivée d’une rame c’est à chacun sa
place. Quand vient la cohue, les vieux n’ont pas la leur. D'inévitables jeunes gens font, à leur âge, la sourde oreille. Les quatre membres de ses mutilés de vers ont toute l’aisance pour
s’avachir, ricanant dans une attitude visible, admirable et exemplaire.
Par chance, la bousculade propulse la
dame au pas lent dans la machine à bestiaux. Parce que survivre c’est rester où l’on se trouve, elle se maintient toute debout entre deux larges corps impatients. Dans cette station verticale, la circulation du sang se fait meilleure dit-on.
Tandis qu'un pied lourd s'écrase sur le
sien, un gentleman silencieux brûle de l’intérieur. Elle voit battre le rythme de son cœur sur sa tempe
Lisant à son rythme *« Eloge de la
lenteur », la dame au pas lent prend son mal en patience. Permettre de n’être plus là vraiment, c’est encore la puissance que possèdent les livres. Son regard ne quittera donc l'œuvre qu’à
l’arrivée.
Et durant tout ce temps, se dérouleront
d'autres choses que ses yeux fatigués n’auront pas observées.
Alexandre
A
*Eloge de la lenteur est un livre de Carl Honoré dans lequel l'auteur réaffirme les aspects bénéfiques de la lenteur.
Par lesparadoxesinterdits.over-blog.com
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